Le système Linky, c’est quoi?

Le système de compteurs intelligents, tels que Linky, consiste à installer une série d’appareils à différents niveaux du réseau de distribution:

  1. Tout d’abord, un compteur est installé dans les endroits de consommation (tels que les maisons ou les bureaux). Ce compteur relève la consommation instantanée des différents appareils électriques via un Courant Porteur en Ligne (abrévié CPL)
  2. Ensuite, un concentrateur est installé dans le poste de distribution du quartier. Ce concentrateur permet de collecter les données de consommation d’un ensemble de maisons ou de bureaux (qu’on appelle grappe), via un Courant Porteur en Ligne.
  3. Enfin, un compilateur installé chez le gestionnaire de réseau permet de rassembler et de traiter l’ensemble des informations.
  4. L’ensemble du dispositif est complété d’un signal GSM qui permet l’échange régulier d’informations entre le poste de distribution et le gestionnaire de réseau.
Schema explicatif de l'installation du système Linky

Une installation du Linky légiférée

Le principe de l’installation des compteurs communicants remonte à une Directive de 2009 de l’Union Européenne concernant le marché de l’électricité. L’objectif de cette directive est de stimuler la production décentralisée d’électricité et d’encourager l’efficacité énergétique.
A noter que la directive européenne stipule clairement que les droits des consommateurs doivent être renforcés et garantis, mais aussi et surtout conditionne la mise en place de compteurs communicants à une évaluation économique à long terme de l’ensemble des coûts et bénéfices pour les producteurs, les gestionnaires de réseau et le consommateur.

La directive de 2009 a été complétée et précisée par une directive complémentaire en 2012. Cette nouvelle directive impose l’installation de compteurs communicants

  • lors de la construction de nouveaux bâtiments,
  • lors de lourdes rénovations
  • ou lorsque le compteur doit être remplacé.

Un paragraphe spécifique prévoit également que les compteurs prennent en considération l’électricité injectée dans le réseau par le client final, par exemple dans le cas de panneaux photovoltaïques installés sur votre toiture.

Ces deux directives sont transposées dans un projet de décret, actuellement en débat au sein du Parlement Wallon.

Linky, un raisonnement économique

Une étude a été réalisée en 2012 par CapGemini à destination de l’organisme wallon de régulation de l’électricité et du gaz, la CWAPE, et ceci conformément à la directive européenne de 2009.
De cette étude, il ressort qu’un déploiement généralisé des compteurs communicants (intitulé scénario « Full Roll Out) n’est pas rentable sur une période de 20 ou 30 ans. Seul un scénario d’un déploiement progressif peut être rentabilisé mais implique un coût pour le consommateur. C’est ce scénario qui est actuellement envisagé par le gouvernement wallon.

Selon l’étude de CapGemini, le coût d’installation est entièrement imputé aux consommateurs finaux et n’engendre qu’un gain marginal en terme de réduction de consommation électrique. L’étude conclut même qu’il est très difficile d’estimer si une diminution de consommation serait durable. Par contre, on constate que le principal bénéficiaire du compteur Linky sont les Gestionnaires de Réseau car ce système leur permet une meilleure gestion des clients qui ne payent pas leurs factures ou des situations de consommation frauduleuse.

Les bénéfices recherchés en terme d’efficacité énergétique ne sont pas rencontrés par le déploiement des compteurs communicants, alors même qu’il s’agit de la raison fondamentale qui a poussé les instances européennes à publier les directives de 2009 et 2012.

L’analyse bénéfices-coût au niveau de la distribution ne peut à elle seule justifier économiquement le projet et, en l’état actuel des travaux, le système n’apportera pas les bénéfices annoncés en ce qui concerne la maîtrise de la demande d’énergie.

Cour des Comptes de France, 2018

 

La question de l’exposition des personnes aux champs électromagnétiques devrait alors être anticipée et systématisée dans cet environnement évolutif

Conseil d'Etat

Les risques sanitaires liés au Linky

Les études menées en France par l’Anses démontrent des émissions variant entre 0,14 et 3,9 V/m. Les Linky respectent donc les normes officielles en vigueur.

Le problème est que des troubles sanitaires sont déjà observés au niveau d’émission des champs électromagnétiques générés par le CPL des compteurs communicants. Une personne dormant dans un lit situé contre un mur derrière lequel un fil électrique est installé subira l’émission électromagnétique du CPL durant toute la nuit, sur une longue période et pourrait déclarer des troubles de santé similaires à ceux mis en avant dans diverses études scientifiques.

Si le principe de précaution est bien abordé dans le projet de décret de la région wallonne, son application pratique pose énormément de questions et se basera quoi qu’il en soit sur de trop vieilles normes d’émission.

Tableau synthétisant les troubles sanitaires observés suite à l'exposition à des champs électromagnétiques

Risques sécuritaires des compteurs communicants

Le risque de hacking est réel et ne doit pas être sous-estimé. En numérisant le réseau de distribution d’électricité, le législateur accepte de soumettre à un risque nouveau un pan stratégique de notre société. Que ce soit les compteurs communicants, les concentrateurs, le système de communication ou le système de gestion, tous ces nouveaux éléments constituent autant de porte d’entrée pour hacker un secteur stratégique.

Risques liés à la confidentialité des données collectées

Suite aux débats animés dans les autres pays européens, un certain nombre de garde fous ont été prévu dans la directive européenne de 2012 ainsi que par les autorités nationales de contrôles afin de préserver au minimum la confidentialité des informations collectées.

Par ailleurs, la nouvelle législation européenne relative à la protection des données (mieux connues sous le nom de RGPD) offre dorénavant un cadre clair qui stipule que les données collectées par une entreprise ne peuvent être pas transférées à une autre entreprise sans l’accord spécifique de l’usager concerné.

Nous pouvons toutefois nous poser la question de savoir si cette régulation sera suffisante. A peine quelques jours après l’entrée en vigueur du RGPD, Facebook a déjà fait l’objet de plaintes quant à son respect de ce règlement. En effet, les utilisateurs de Facebook sont forcés d’accepter la mise à disposition de ces données à des tiers s’ils veulent continuer à utiliser les services de Facebook.

Il est donc fort probable que les gestionnaires de réseau soient tentés d’imposer d’une manière ou d’une autre la mise à disposition des données à des tiers pour se créer ainsi une source confortable de revenus complémentaires .

En conlusion…

L’objectif initial de l’Europe était d’encourager l’efficacité énergétique et la production décentralisée.

Diverses études réalisées dans plusieurs pays européens tels que la France ou l’Allemagne démontrent que le déploiement généralisé ne participe pas à cet objectif. La réduction de la consommation est observée uniquement si le consommateur est acteur du changement, ce qui nécessite une large adhésion au projet de compteur communicant.

Nous pouvons aussi nous demander dans quelle mesure nos droits en tant que consommateurs ont été renforcés dans un projet qui ne bénéficie qu’aux gestionnaire de réseau. Et tout cela alors que les compteurs communicants ajoutent de nouveaux types de risques, qu’ils soient sanitaires, technologiques, environnemental, sécuritaire ou lié à la protection des données.